Cet article et cette expérience ont été réalisés en 2018.
Momo, l’horrible créature de WhatsApp serait à l’origine du décès d’une jeune fille de douze ans. La terrifiante femme-oiseau inciterait au suicide, harcèlerait et enverrait des photos ainsi que des vidéos de meurtres à ses correspondants virtuels.
Qu’en est-il réellement ? Doit-on se tenir loin de Momo ? Est-il un hacker ? Un virus ? Sait-il vraiment tout des personnes à qui il parle ? Eh bien, non… Momo n’est rien de tout cela.

Qui est Momo ?
Momo est une créature mi-femme mi-rapace, dont le visage est à l’opposé de tout ce que le cerveau humain peut qualifier de familier.
À l’inverse de la paréidolie (quand le cerveau reconnaît des visages là où il n’y en a pas : exemples), lorsque notre masse nerveuse reconnaît un visage aux traits inhumains tel que celui de Momo, cela provoque une sensation de malaise et voire même, de peur, comme c’est le cas avec Sophia, le robot humain.
Momo est l’exagération de ce phénomène : des yeux sans paupières et complètement exorbités avec une très large bouche. Son buste se termine sous sa poitrine et tient debout grâce à des pattes de rapace. Cette statue a été exposée en 2016 dans une galerie d’art du quartier luxueux de Ginza, à Tokyo.
Midori Hayashi, le designer de Momo, est un artiste dont l’univers est parfois un peu glauque ou plutôt, dérangeant (Instagram, Facebook) mais Momo, la femme-oiseau, n’est pas sa création, mais celle du studio d’effets spéciaux Link Factory.

D’où vient le phénomène Momo ?
Le « Momo Challenge suicide » – qui porte d’ailleurs très mal son nom – serait né au Japon, pays d’origine de la sculpture, pour gagner peu à peu nos pays européens, même s’il y a fort à parier qu’il pourrait être natif d’un pays hispanophone (Momo s’exprime plus volontiers en portugais). Les sites – dont le sérieux reste à prouver – racontent que lorsque vous ajoutez Momo à vos contacts, celle-ci vient se présenter d’elle-même sur WhatsApp et vous propose de jouer à un jeu après vous avoir prouvé qu’elle sait tout de vous : de votre date de naissance au resto de la semaine dernière que vous avez partagé avec vos parents, Momo connaît toute votre vie. Autant d’informations que n’importe quel petit malin pourrait se procurer sur divers réseaux sociaux. Au fil des discussions, Momo encouragerait ses victimes à se suicider.
D’autres sites comparent le « Momo Challenge » au « Blue Whale Challenge » qui, lui, en revanche, était bien réel. On peut même lire que Momo serait la relève du Blue Whale Challenge. Le but de ce challenge était de rejoindre un groupe Facebook et de relever certains défis quotidiens dont l’intensité augmentait progressivement pendant cinquante jours, s’alignant sur la fragilité psychologique grandissante des « joueurs » : se lever à 4h20 pour regarder des vidéos effrayantes, scarifications, ne plus parler, écouter des musiques tristes, etc. Jusqu’au cinquantième jour, jour du suicide. Ce challenge a vu le jour en Russie mais s’est rapidement répandue grâce à Internet (article Francebleu.fr).
Une jeune argentine se suicide à cause de Momo ?
La rumeur court et rend Momo d’autant plus effrayante : une jeune argentine de douze ans se serait pendue à Buenos Aires sous la menace de Momo, mais il n’en est rien. La fillette, dont l’autopsie a révélé des traces d’abus sexuels, aurait fait la malheureuse rencontre d’un jeune homme de dix-huit ans sur Internet, qui l’aurait poussée à filmer la mise en scène de sa pendaison. L’hypothèse reste fragile, mais je ne crois pas que ce suicide soit à imputer à la créature japonaise. D’après d’autres sites, le garçon se serait fait passer pour Momo (ce que je fais également, un peu plus bas). Les informations varient d’un site à l’autre au sujet de tout ce qui concerne la femme-oiseau. Alors…
… Je suis entrée en contact avec Momo
J’ai enregistré onze numéros dans mon portable et seulement six sont effectivement attribués à Momo.
Non, Momo ne m’a pas contactée dès que je l’ai ajoutée à mes contacts téléphoniques, car cela est tout simplement impossible : seule une personne en possession du numéro de téléphone peut envoyer un message. Momo ignorait complètement mon existence, jusqu’alors.
Non, Momo ne m’a proposé aucun jeu, aucun challenge. Son but était de m’effrayer en se faisant passer pour un démon.
La première fois, j’ai été surprise par la ponctualité de Momo, dont le numéro est finlandais (décalage horaire d’une heure, donc), qui m’a répondue à 02h11 (03h11 en Finlande). En effet, on dit qu’il n’est possible de lui parler qu’à 03h du matin et d’ailleurs, elle m’a dit elle-même qu’elle ne pouvait se manifester qu’à cette heure précise, ce qui s’est rapidement révélé faux.
J’ai attendu Momo la nuit suivante, mais cette dernière, alors qu’elle m’affirmait, la veille, ne pouvoir se manifester qu’à 03h du matin, m’a répondu à 15h38 pour revenir à 02h08 (donc, 03h08). Momo a commencé à me laisser entrer dans un monologue à partir du moment où j’ai tenté de lui téléphoner, de téléphone à téléphone.
J’ai (avec un peu de mal) réussi à obtenir quelques réponses à certaines questions :
Question : pourquoi es-tu sur WhatsApp ?
Réponse : pour une mission sur Terre. (en portugais)
Question : quelle mission ?
Réponse : gagner toutes les âmes de la Terre. (en français)
Question : mais tout le monde ne peut pas te contacter sur WhatsApp. Alors, comment fais-tu ?
Réponse : Je suis un diable, je connais tout le monde. (en japonais ?)
La question de savoir pourquoi utiliser le visage de la sculpture japonaise est toujours sans réponse.
Je lui ai dit qu’elle devait être un imposteur, que je voulais son c*l, que je voulais son âme. Mon but était de la pousser à m’envoyer des photos ou vidéos trash, ce qu’elle n’a fait à aucun moment. Même pas une insulte. En effet, nous pouvons lire ici et là que Momo envoie à ses correspondants des photos et vidéos de meurtres qu’on ne peut en aucun cas retrouver sur Internet. Ce qui nous pousserait à penser qu’elle a donc pris ces photos elle-même et ce qui ferait d’elle une meurtrière.
Tous les jours, elle dit vouloir mon âme et que si je lui donne, en plus d’être riche (billionaire, plus exactement), d’avoir toutes les filles que je souhaite (Momo croit que je suis un homme), elle promet de me réserver la meilleure place en enfer lorsque je serai morte, à l’âge de 84 ans.
De gros Youtubers parlent de Momo
En Allemagne, Rebekah Wing (1,3M abonnés) s’est faite, à plusieurs reprises, harceler par Momo qui a été jusqu’à sonner à sa porte d’entrée. Son amie, Thi Lan (66K abonnés), a elle aussi été en contact avec Momo qui comptait manger sa chair après l’avoir trouvée.
En Allemagne, toujours, les deux amis de la chaîne PrankBrosTV (1,5M abonnés) ont eux aussi eu affaire à Momo qui leur a même envoyé une photo de l’un d’eux qui a été prise en vacances et qui n’a, d’après eux, jamais été postée sur les réseaux sociaux.
AldosWorld (1,9M abonnés) qui, quant à lui, se trouve aux USA, a été espionné par Momo qui avait accès à la caméra de son téléphone.
Bien entendu, il ne s’agit que de coups montés, de Pranks, qui ont tous commencé à fleurir sur Youtube autour du 20 juillet 2018. Mais pas encore en France ! Pourrait-il s’agir de la promotion d’un film d’horreur à venir comme cela a déjà été fait ? Cela ne me paraît pas impossible, mais le phénomène Momo me semble être encore trop « faible » pour appuyer cette hypothèse. Bref. Tout le monde peut être Momo. Et pour vous le prouver, j’ai endossé le rôle de cette terrifiante créature en contactant mon frère avec un numéro de téléphone qu’il ne connaissait pas :

Momo n’est pas dangereux, ne pousse pas au suicide, n’envoie pas de photos ou de vidéos de meurtres. Tout cela relève de la légende urbaine. Je n’ai jamais reçu de photos choquantes, Momo n’a jamais parlé de ma famille, n’a jamais dit que je disparaîtrais de la surface de la Terre, rien. En revanche, il pourrait effrayer les plus jeunes. Vendre son âme au diable, discuter avec un soit-disant démon, se voir proposer des rendez-vous au cimetière en pleine nuit, cela pourrait effrayer les plus sensibles. De plus, le fait que cette personne ou ces personnes s’amusent à écrire dans plusieurs langues peut être déstabilisant, surtout lorsqu’il envoie du japonais !
Je ne pense pas non plus qu’il s’agisse d’un réseau de hackers comme j’ai pu le lire : bien que j’utilise mon second numéro et mon ancien téléphone pour discuter avec Momo et que je n’ai plus rien sur celui-ci (précaution que j’ai prise en pensant que cette personne pourrait avoir l’intention de voler mes informations), je pense que Momo aurait cessé toute discussion. Hors, je discute toujours avec elle. Pour moi, Momo s’amuse et ils sont plusieurs.
Là où réside le danger, c’est que Momo peut être utilisée dans le cadre d’une vengeance ; en effet, n’importe qui pouvant être l’entité de WhatsApp, une personne mal intentionnée pourrait se servir de Momo et faire, par exemple, du chantage.
La terreur engendrée pourrait être tellement forte que l’une des « victimes » de Momo pourrait réellement se sentir en danger, poursuivie par le diable, hantée par un démon, et commettre l’irréparable pour en finir. Le phénomène Momo n’est pour le moment pas encore très présent en France, ne le laissons pas s’installer. Il est un personnage à prank de part sa laideur, ni plus, ni moins. Elle peut également être l’outil d’une vengeance.
Huffpost Après la baleine bleue, le Momo challenge, le jeu de la terreur qui menace vos enfants.
Rtbf.be Momo, le dangereux challenge qui se répand sur WhatsApp, à l’origine d’un suicide en Argentine ?
Sbs.com Momo : ce nouveau jeu diffusé sur WhatsApp a déjà fait une victime.
Phonandroid.com Momo sur WhatsApp : le terrifiant challenge aurait provoqué un second suicide.

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